Information / Alerte en Addictovigilance

sur les risques de dépendance et d’usages abusif, détourné liés à la consommation de psychotropes et stupéfiants

 

 

Attention à l’augmentation des cas d’intoxication au GHB/GBL (en Ile de France notamment)

 

La GBL, précurseur du GHB, est un produit très accessible (essentiellement via Internet). Bon marché et apprécié pour un usage festif par une population jeune, plutôt masculine. On observe une banalisation de cette consommation, avec une diffusion vers un public plus large, de tout âge et néophytes.

Dans ce contexte récréatif, la prise de GHB/GBL peut être associée à une consommation d’alcool le plus souvent, qui concourt à la gravité de l’intoxication.

La disponibilité croissante du produit semble, de plus, être à l’origine de prises accidentelles.

D’autre part, le risque de pharmacodépendance avec ces produits existe.

Enfin l’usage dans un cadre de soumission chimique ou vulnérabilité chimique est à documenter, le cas échéant.

 

Le temps de demi-vie est de 20 à 30min. Le GHB a donc un délai d’action et une durée d’action très courte (produit d’anesthésie à la base). En raison de cette cinétique rapide, le produit est difficilement détectable dans les urines après 12 heures.

 

 

Gamma-hydroxybutyrate (GHB) / Gamma-butyrolactone (GBL)

Statut légal :

  • GHB : Médicament classé comme stupéfiant ;
  • GBL et 1,4-butanediol (BDO) : précurseurs utilisés dans l’industrie chimique interdits de vente en tant que matière première ainsi que celle de produits manufacturés en contenant à une concentration strictement supérieure à 10% et pour des contenants de plus de 100mL

 

 

Données générales

GBL et BDO sont 2 produits chimiques, précurseurs in vitro et in vivo du GHB (gammahydroxybutyrate de sodium).

Le gamma-hydroxybutyrate (GHB) est un composé endogène, métabolite du GABA (principal neurotransmetteur inhibiteur du système nerveux central).

Le GHB possède une AMM comme anesthésique général aux propriétés sédatives et amnésiantes. En France, il a une autre indication, plus récente, qui est le traitement de la narcolepsie.

Dans certains pays européens (Italie, Autriche), le GHB possède également une AMM pour le traitement de l’alcoolodépendance (prévention du syndrome de sevrage et maintien de l’abstinence).

Le GHB est retrouvé sous forme de poudre blanche ou liquide incolore. Il est généralement consommé per os mélangé à une boisson sucrée et bu progressivement. Il peut également être administré IV.

Il a été classé au tableau des stupéfiants en 1999, excepté dans la forme injectable à usage thérapeutique, en raison de son usage détourné dans un cadre festif mais également à des fins de soumission chimique.

GBL et BDO sont utilisés dans l’industrie chimique comme solvant/décapant et détournés depuis le classement du GHB. La GBL est inscrite sur la liste des produits surveillés : les industriels doivent déclarer tout soupçon d’utilisation détournée de ce produit. Par arrêté du 02/09/2011, GBL et BDO sont interdits de vente en tant que matière première ainsi que celle de produits manufacturés en contenant à une concentration strictement supérieure à 10% et pour des contenants de plus de 100 mL, en vertu de l’article R.5132-87 du code de la santé publique.

L’usage du GBL, facilement accessible sur internet, a progressivement remplacé celui du GHB (Paris ++). Il est consommé sous forme liquide et est souvent mélangé à des boissons non alcoolisées en raison de son mauvais goût.

Autres appellations utilisées par les usagers (noms de rue) : G, GBL, GHB, liquid ecstasy, etc. (liste non exhaustive)

 

Données pharmacologiques

Le GHB est un puissant dépresseur du système nerveux central (SNC) et entraîne des convulsions à forte dose. Par ailleurs, il entraîne une amnésie antérograde.

Le gamma-OH possède une activité gabaergique via les récepteurs GABA-B, il semble également moduler directement ou indirectement l’activité sérotoninergique, cholinergique et dopaminergique. Il exerce une action sur le système opioïde endogène, à travers une potentialisation des effets des analgésiques opioïdes, et une action synergique avec l’éthanol et les benzodiazépines pour la dépression respiratoire et du SNC.

Les effets recherchés par les consommateurs de GHB sont la relaxation, la désinhibition et l’euphorie. Il favorise la sociabilisation et la stimulation du désir sexuel et augmente de ce fait les prises de risque sexuel et ses conséquences.

Les effets du GHB apparaissent sous 15 à 30min après ingestion orale et atteignent un pic entre 20 et 60min, selon si le GHB est consommé de façon concomitante avec de la nourriture. Le métabolisme hépatique est presque complet (moins de 5% du GHB est excrété sous forme inchangée dans les urines) avec un effet de premier passage hépatique important.

La biodisponibilité par voie orale n’est que de 30%. Le temps de demi-vie est de 20 à 30min. Le GHB a donc un délai d’action et une durée d’action très courte. En raison de cette cinétique d’élimination rapide, le produit est difficilement détectable dans les liquides biologiques après 12 heures.

Après administration IV, les effets se manifestent rapidement (5 à 7min) et durent entre 1h30 et 2h. GBL et BDO, précurseurs chimiques du GHB, sont transformés en GHB après leur ingestion.

 

Toxicité aiguë et chronique

Les effets du GHB/GBL sont dose-dépendants.

L’usage de GHB produit une euphorie, et à plus fortes doses des vertiges, une hypersalivation, une hypotonie et une amnésie.

Les effets les plus fréquents lors de la consommation de GHB incluent vomissements, somnolence, hallucinations et vertiges. A fortes doses, des tableaux cliniques plus graves sont observés et peuvent inclure : tremblements, myoclonies, perte de connaissance ou coma, bradycardie, hypotension, dépression respiratoire et décès.

Les overdoses se manifestent par une altération progressive voire brutale du tonus musculaire et du niveau de conscience.

L’usage chronique de GHB est susceptible de produire une dépendance (fort potentiel addictif) ainsi qu’un syndrome de sevrage sévère se manifestant par les signes cliniques suivants : anxiété, agitation, insomnie, tremblement, hallucinations et dans les cas sévères, de psychoses résistantes aux traitements.

 

Interactions

La toxicité du GHB est augmentée de façon sévère en cas d’association à l’alcool ou à d’autres dépresseurs du SNC par une potentialisation des effets dépresseurs.

Les antirétroviraux inhibiteurs des protéases inhibent le métabolisme du GHB provoquant une augmentation significative de sa concentration sanguine et ainsi une augmentation du risque de surdosage.

 

Recommandations pour les professionnels de santé

Lors de l’arrivée d’un patient aux urgences, faire son possible pour qu’un prélèvement conservatoire soit réalisé le plus rapidement possible. Le GHB est indétectable dans le plasma 6H après administration et dans les urines 12H après administration.

Il n’existe pas d’antidote. La conduite à tenir est un traitement symptomatique.

 

Recommandations à destination des professionnels intervenant directement auprès

des usagers

L’abus de GBL expose à une vulnérabilité chimique (vols, abus…).

Toute consommation de substance illicite expose à la fois à des risques judiciaires et sanitaires.

 

(Source ARS IDF 04/2018 – fiche ARS 0045)